Antichrist - critique du film

:. Réalisateur: Lars von Trier
:. Acteurs: Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg
:. Scénario: Lars von Trier
:. Titre Original : Antichrist
:. Durée: 1:44
:. Année: 2009
:. Country: Danemark
:. Pays: Antichrist

  
   AddThis Social Bookmark Button


C'est presque une habitude que de chercher à diviser son monde et à provoquer les réactions les plus violentes à l'encontre de ses œuvres. Avec Antichrist, Lars Von Trier pousse le bouchon encore plus loin, enfonçant le clou de la provocation plus profondément, visant sans cesse l'extrême. Des films comme Breaking the waves, Les idiots, Dancer in the dark ou encore Dogville, si ils avaient divisé la critique et le public à leur sortie, proposaient au moins chacun de nouvelles idées de mise en scène, témoignaient d'une expérimentation et d'un discours cohérent, d'une démarche artistique et réflexive faisant de certains des petits chefs-d'œuvre. Ces œuvres conceptuelles servaient de point de départ à la discussion, au débat d'idées, de par les réactions qu'elles suscitaient.

Antichrist, qui se veut le film le plus personnel et le plus important du réalisateur Danois, se ferme sur lui-même et montre les crocs pour tenir le spectateur à distance, tout en cherchant paradoxalement à le choquer. Une escroquerie, une vaste farce, une arnaque. Dès la première scène, on craint le pire (et celui-ci n'est qu'à venir), à raison. Tournée dans une orgie de laids effets numériques comme seuls les films publicitaires savent le faire, elle nous montre, en guise de prologue, un couple s'adonnant aux plaisirs de la chair (au ralenti s'il vous plaît, nous sommes chez Lars Von Trier, s'autoproclamant ironiquement à la conférence de presse à Cannes comme The best director of the world) et laissant ainsi leur enfant échapper à leur surveillance pour se défenestrer par accident. L'épouse perdant les pédales dans un deuil impossible, le mari l'emmène dans un cabanon en forêt, baptisé vulgairement Eden, pour lui faire appliquer ses méthodes de thérapie. La suite n'est qu'une succession sans queue (enfin si, celle de Willem Dafoe occupe le devant de plusieurs scènes, toutes aussi obscènes les unes que les autres) ni tête de cauchemars du réalisateur, mis en image selon leur principe même, celui de se montrer incompréhensibles et osant le ridicule, tel ce renard déclarant " Chaos reigns ! " On aurait pu s'attendre à un film d'épouvante, comme le cinéaste avait su le faire avec la série The kingdom (rebaptisé stupidement en français L'Hôpital et ses fantômes), on n'aura droit qu'à un improbable huis-clos tellurique et sylvestre dans lequel deux êtres ne gèrent leur sentiment de culpabilité qu'en s'entre-déchirant et en se mutilant.

Pour autant, le film témoigne d'une extraordinaire maîtrise esthétique, et les acteurs, Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe, rivalisent de talent dans leur performance, mettant leur corps à nu, dans tous les sens du terme, le malmenant pour mieux repousser ses limites. Hélas, au prix d'un sens du ridicule totalement assumé. On aura droit, entre-autres, à une éclitoration (nous osons le néologisme pour résumer les supplices que subit le sexe féminin), une éjaculation de sang, la fixation d'une meule à la jambe, le tout, servi par des dialogues tristement risibles : " Nature is the church of Satan ". L'ensemble s'obstine à demeurer aussi abscons et hermétique que le cauchemar d'un psychotique. Effrayant ? Dérangeant ? Irritant ? Rien de tout cela. Juste décevant et navrant. Le film souffre de sa suffisance, de son arrogance, de son égoïsme. Trop profondément personnel pour ne pas laisser le spectateur à la porte, au contraire, il lui tourne le dos et lui refuse l'accès à ses arcanes en se drapant d'une démarche malhonnêtement provocatrice. Et même dans ce registre, il échoue.

Si le film se veut le fruit d'une grave dépression de l'auteur, on s'inquiète encore de sa santé mentale, et on lui souhaite de guérir. Mais on lui recommande de prendre son temps, et surtout, de se faire aider !


  Moland Fengkov


     Melancholia
     Millenium / Antichrist - Analyse des films
     Dogville


CRITIQUES FILMS
A B C D E F G H
I J K L M N O
P Q R S T U
V W X Y Z
  + FESTIVALS
  .: Cannes
  .: AFI Fest*
  .: LA Latino*
  .: Étrange Festival
     * en anglais
  + BLOG FESTIVAL
  + AWARDS   + REFLEXIONS   + DOSSIERS
  + DOCUMENTAIRES

MAILING LIST
Get our reviews by e-mail
We'll never Spam you
 
| Info Plume Noire | Contacts | Publicité | Soumettre pour critique | Rejoindre la Rédaction | Chiffres-clés | Charte | Questions |
Boutique | Work in Hollywood | Plume Noire in English [en Anglais] |

Like Us On Facebook