Marie-Antoinette movie review DVD critique de Marie-Antoinette



 

 



Marie-Antoinette review

Marie-Antoinette

:. Réalisateur : Sofia Coppola
:. Acteurs : Kirsten Dunst, Jason Schwartzman
:. Scénario : Sofia Coppola
:. Titre Original : Marie-Antoinette
:. Durée : 2:03
:. Année : 2006
:. Pays : USA
:. Site Officiel : Marie-Antoinette


Pour son troisième long métrage la réalisatrice Sofia Coppola nous enjoint en un singulier et éphémère périple, celui de la reine honnie Marie-Antoinette à Versailles. En s'inspirant des écrits d'Antonia Fraser, la volatile cinéaste ne cherche pas à s'embarrasser de vraisemblance historique, de rigueur politique ou du symbolisme clinquant d'une décadence aristocratique. Bien lui en prend car en arpégeant décorum glamour et massif, langues et accents limpides ou musicalités désinvoltes (menuets languides et rock débridé s'enchevêtrent), elle dresse un portrait splendide et élégant d'une jeune femme apatride, irisée et résolument moderne.

Film exigeant, Marie-Antoinette requiert une forte complicité de son spectateur qui aurait tendance à être expulsé de la bulle acidulée de la pétillante dauphine. La principale ambition étant de nous perdre en flirtant, comme l'héroïne, avec l'ennui pour pénétrer en une sidérante empathie un univers intime, en apesanteur car sevré de l'instant - d'où une volonté d'ivresse, de frivolités à satiété. Grâce ineffable commune à Naomi Kawase qui avance sous le sceau de l'ingénuité et de l'équité en ce sens que chaque détail est envisagé sans hiérarchie. Lumineux ou abstrait, nous sommes propulsés dans un amnios où ne perce que la voix maternelle - après les parents de Virgin Suicides et le père de substitution de Lost In Translation. Filigrane cristallin : travailler la carence de repères pour accentuer la métaphore d'une gestation désincarnée ou comment, la frontière passée, nous assistons au lent adieu au paradis originel et à une jeunesse à jamais déflorée (ultime plan sur une chambre dévastée).

Les structures narratives et formelles épousant les plis des toilettes font preuve de maturité pour soutenir les nimbes de spleen. Il y a d'abord cette faculté à créer une temporalité annexe (hors d'une chronologie établie), à dilater ou déplacer la durée pour adhérer à une matière-mémoire qui estomperait presque la destinée funeste du personnage. Lors des séjours élégiaques au Petit Trianon l'atmosphère lorgne sur les fiefs du Nouveau Monde et Sofia Coppola réussit là où Terence Malick échouait, transformant l'incomparable Kirsten Dunst en un socle inamovible autour duquel elle peut tournoyer, capter et fragmenter à loisir.

Par le délaiement inexorable de l'intrigue ou quelques sauts fulgurants - montage clippé et décomplexé qui appose coït, orgasme et naissance ou dépenses inconsidérées et tactiques politiques - la réalisatrice parvient à nous faire ressentir la place mouvante de la nymphe adolescente vis-à-vis de l'Histoire, de son insatisfaction existentielle, de son devoir d'épouse puis de mère. D'autant qu'elle confronte ce pan du long métrage à une lente hémorragie du cadre et une pétrification des décors.

Car il s'agit de progresser - accompagner une translation en vase clos vers l'éclosion adulte - doublement agrippé à la future reine de France. En adhérant à son regard lors de scènes subjectives (accueil glacial, escapades costumées…) mais aussi en scrutant chacune de ses réactions, l'image étant rivée sur son corps avide et virevoltant (refus de plans d'ensemble). Unique véritable entité de l'œuvre, Marie-Antoinette dévoile son envoûtant visage lors de respirations où elle habite seule l'écran, comme lorsqu'un travelling arrière sur un balcon fait fondre sur elle le poids de l'étiquette ou quand, lisant une missive, sa robe se confond petit à petit avec le papier peint. A l'instar de Lost In Translation s'instaure une lutte assagie entre position erratique d'une actrice éthérée et lignes de fuite du cadre.

Plus que la jeunesse des protagonistes l'enfermement - trajectoire physique et sociétale qui engonce et berce dans la vacuité - thésaurise l'enjeu du récit. Derrière la superficialité délétère, les excès minaudiers ou une émancipation macabre, c'est tout un monde qui défile devant la souveraine et auquel se confronte son espièglerie (applaudissements à l'Opéra). Etrange rite de passage pour une cosse démunie dont le seul évanouissement réside dans le décalage entre ses différentes strates spatio-temporelles. Méta-film virtuose et diffus, crédence iconoclaste, distribution hétéroclite, le nouvel opus de Sofia Coppola se meut en une étape de transition reliant diverses cultures, archaïsme et actualité ou plus prosaïquement les pièces-tiroirs du palais. Qu'importe alors les fadaises de la cour, les afféteries compulsives, la fétichisation des corps, de la gestuelle (marionnettes désenchantées) et des rites, les intermèdes anachroniques ou une sensualité mortifère, ce qui insiste ici est une réticence à l'abandon total au flux. Pour jouir encore et toujours de cet étourdissement solaire où danse une transcendante liberté, rare palliatif aux angoisses intemporelles.


  Frédéric Flament


     Lost in Translation


    


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