L'Ivresse du pouvoir movie review DVD critique de L'Ivresse du pouvoir



 

 



critique de L'Ivresse du pouvoir

L'Ivresse du pouvoir

:. Réalisateur : Claude Chabrol
:. Acteurs : Isabelle Huppert, François Berléand
:. Scénario : Claude Chabrol Odile Barski
:. Durée : 1:50
:. Année : 2006
:. Pays : France
:. Site Officiel : L'Ivresse du pouvoir


Quand Hitchcock copule avec Lang, cela peut, par exemple, donner un premier plan comme celui du nouveau film de Claude Chabrol. Vertigineux. Du bureau de monsieur Humeau, PDG d'une grosse entreprise, nous allons successivement passer dans le couloir, l'ascenseur, le hall d'accueil, pour terminer à l'extérieur devant l'entrée où une voiture de police attend sagement de cueillir notre homme. Entre temps Humeau aura discuter avec quelques-unes de ses secrétaires, évoquant, entre autres, Roland-Garros ou la confirmation d'une réservation d'une chambre à l'hôtel. Ce long plan-séquence est d'autant plus déstabilisant que le film, au lieu de tracer droit chemin comme il pourrait le laisser augurer, ne va cesser d'aller de digressions en digressions.

Le nouveau film de Chabrol raconte l'histoire d'une juge, Jeanne Charmant-Killlman, chargée d'instruire un gros dossier où abus de pouvoir, de confiance et autres détournements de fonds au sein d'une très grosse société sont commis. Encore une fois Chabrol manifeste son intérêt à filmer les milieux bourgeois et aisés. Mais tout particulièrement celui de la juge et de ses apparats au sein de son travail. Chabrol nous dresse le portrait d'une femme froide, consciente de son pouvoir sur les autres. Son autorité face à aux personnes qu'elle interroge est ferme, et elle ne semble avoir peur de rien. Elle n'hésite pas non plus à ridiculiser ces personnes en les mettant en face de leurs contradictions. Par moments elle rit d'eux. Chabrol nous présente un bel éventail de ce qu'une femme de pouvoir est capable de faire. Assez grisant.

La femme hautaine et assez imbue de sa personne qu'est la juge Killman, fait place à une femme fragile et simple quand elle rentre chez elle le soir. Du restaurant où il lui arrive de déjeuner le midi avec des personnes importantes, on passe à un pauvre dîner où elle a fait commander des pizzas. En guise de dessert, un yaourt fera l'affaire. Forte ténacité dans son travail n'est hélas pas signe de vie de couple solide. Son mari, Philippe, apparaît distant de sa femme, toujours attelée au travail. Et quand le couple bât de l'aile, les solutions envisagées par la juge sont radicales : elle s'en va loger dans un petit studio afin de pouvoir vivre tranquillement seule. Mais là, la solitude l'inquiètera. Le moindre bruit suspect l'effrayera. On a beau être détenteur d'un pouvoir considérable, nous restons malgré tout de pauvres humains. Même fortunés.

De la bourgeoisie, justement, Chabrol, nous en présente un petit panel. Cette fois-ci il vise la classe politique. Ceux-ci se côtoient souvent à table, un verre à la main, un cigare à la bouche, une belle entrecôte dans l'assiette. La caricature est réussie. Chabrol va même jusqu'à flanquer à l'un d'eux, un accent du sud dont on se dit qu'il pourrait le modérer tant ce qu'il dit en devient risible. Car malgré l'humour que suscitent ces scènes, il n'en reste pas moins qu'ils discutent d'affaires sérieuses. C'est eux qui tirent les ficelles. Quand on constate que le juge Killman avance à grands pas dans son affaire, ils n'hésitent pas à trouver des solutions pour la freiner. Une fois on veut la faire travailler avec une autre juge afin qu'elles se tirent dans les pattes. Une autre fois on décide carrément de la faire muter. Killman se rend compte de sa condition : on a que le pouvoir que l'on nous donne. On peut aussitôt vous le rependre. Ainsi vient cette étrange scène à la fin où Humeau qu'elle avait mis sous examen et elle se rencontrent dans un couloir d'hôpital. Lui se démange toujours autant tandis qu'elle, est terriblement renvoyée à sa simple condition de femme déchue par sa vie de couple. Sa condescendance qu'elle avait à son égard au début disparaît. Ils font pitié autant l'un que l'autre.

De l'affaire Chabrol s'en moque éperdument. D'ailleurs la clé de l'instruction nous est délivrée dans une fin de discussion entre Killman, son neveu et la juge avec qui elle fait équipe. Puis tous s'en vont…et le film s'achève. La fin est à l'image du film. Un gros pied de nez au spectateur. Tout au long du récit, l'affaire est constamment reléguée au second plan, ce qui, par moments, peut dérouter et nuire un peu à l'appréciation du film. Un coup la maladie de Humeau passe au premier plan, un coup c'est un insert sur le gant de Killman venant de tomber qui accapare notre attention, un coup c'est le soudain changement de coiffure de la juge, une autre fois c'est un problème cardiaque, etc. L'Ivresse du pouvoir fourmille de fausses pistes, de faux-semblants qui viennent enrayer la soi-disant intrigue principale. Le film n'est qu'une succession de basses considérations inopportunes. Cet univers, aveuglé par le semblant de pouvoir qui lui est octroyé, en devient anodin et dérisoire. Et dire qu'il s'agit de ceux qui nous gouvernent ! Mais pas de ton véhément chez Chabrol, juste une bonne dose d'humour et de cynisme feront l'affaire. Plutôt jouissif dans son genre.


  Julien Dufour


     La Fleur du Mal


    


| Info Plume Noire | Contacts | Publicité | Soumettre pour critique | Rejoindre la Rédaction | Chiffres-clés | Charte | Questions |
Boutique | Work in Hollywood | Plume Noire in English [en Anglais] |

Like Us On Facebook