La raison du plus faible & Blade Runner movie review DVD La raison du plus faible / Blade Runner



 

 



La raison du plus faible & Blade Runner

La raison du plus faible & Blade Runner

:. Réalisateur : Lucas Belvaux & Ridley Scott
:. Titre Original : La raison du plus faible & Blade Runner
:. Année : 2006 & 1982
:. Pays : France/USA


A quel moment les villes industrielles ont-elles rejoint l'imaginaire futuriste des réalisateurs de cinéma? Plus précisément : que s'est-il donc passé pour que le futur tel que Ridley Scott l'envisageait dans les années 80 ressemble soudainement à l'europe urbaine selon Lucas Belvaux?

La raison du plus faibleLa raison du plus faible, le dernier film de Lucas Belvaux, s'ouvre sur une vue aérienne de la zone industrielle de Liège : la caméra suit les lumières des usines, un plan nocturne qui s'éternise en se rapprochant, en multipliant les angles, en esthétisant la lumière sale des projecteurs et des fourneaux; c'est dans cet univers offert dès l'entrée dans le film que se jouera le drame proposé.

Blade Runner de Ridley Scott (1982) s'ouvrait de la même façon : Los Angeles en 2019 vu à travers ses cheminées d'usines et la noirceur d'une nuit de fumées industrielles, ainsi était (im)posé le décor du film, le futur ressemblerait à une nuit sale et polluée, et ses acteurs ne seraient pas tellement différents de ce que nous sommes.

Nous sommes en 2006, Ridley Scott prévoyait 2019, Lucas Belvaux, on ne sait pas, mais l'intemporalité du film le situe spontanément dans ces années-là, on dirait : contemporain.

Blade RunnerDes bus traversent la banlieue (Belvaux) comme des dirigeables croisent les tours de la ville (Scott), affichant leur destination clignotante sur un mode semblable : aucune poésie dans la projection, juste le nom d'un quartier, une projection de l'être vers un devenir identique (le bus montré chez Belvaux n'affichera d'ailleurs jamais autre chose que la destination proposée la première fois / de même chez Scott où les affichages publicitaires rejoindront cette logique et tourneront en boucle autour de la bouche pulpeuse d'une asiatique sirupeuse et hors d'atteinte).

Conscients de l'impossible échappée de leurs protagonistes, Scott et Belvaux enferrent leur cinéma dans un réseau de routes grises et d'appartements sans caractère : le studio de Harrison Ford en tout point égal aux logements sociaux des anti-héros de "La raison du plus faible", tout comme l'alcool qu'ils se servent en abondance ne cherche plus le plaisir de l'ivresse mais une noyade consentie dans un quotidien sans avenir.

Acteur-héros de son propre film, Belvaux lui-même prend des airs du personnage américain, en lunettes de protection sur le visage ou aux aguets derrière un pan de mur : à la recherche de lui-même et non plus de l'action qui lui est dictée, il se filme au plus près, au plus vrai de la banalité humaine, dans la répétition d'un destin qu'il rejette tout en étant incapable de s'y soustraire.

Blade RunnerL'extraordinaire parallèle entre La raison du plus faible et Blade Runner se donne alors à voir dans toute sa structure filmique et scénaristique : depuis la zone industrielle balayée par la caméra en descentes en enfer dans la ville où l'action se cristallise; à la recherche de "has been" dont la société ne veut plus et qui courent à leur perte dans un dernier élan de vie; dans la mise en place implacable d'un destin refusé et une issue impossible; dans le sacrifice en envolées lyriques / christiques sur un toit, alors que la caméra s'élève à nouveau, en ballet d'hélicoptères qui assisteront au dernier moment du héros / victime, avant de quitter la ville vers une route de nature, aux vertes trouées, en apnées nécessaires, enfin.

Harrison Ford s'échappait de Los Angeles, Ridley Scott, visionnaire, cherchait encore un espoir dans un futur pessimiste; Lucas Belvaux, ancré dans la réalité, ne se berce plus d'illusions : il claque la porte au nez des fantasmes du vingtième siècle et fige son cinéma dans ses déceptions sociales, millénaristes.


  Laurent Herrou


    


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